La nouvelle du départ de Michel Camdessus du Fonds monétaire international (FMI) n’ a pas, pour paraphraser Ovide, occulté le «farouche bruit que font dans le crépuscule les chênes qu’ on abat pour le bûcher» des pauvres. Elle n’ a pas non plus fait taire les cris des suppliciés, car ils savent que ces bûcherons qu’ évoquait le poète à propos d’ Hercule, et desquels le directeur général du FMI fut, il y en aura toujours. Ils se sont bousculés au portillon des chancelleries pour lui succéder ; mais ils auront bien du mal à égaler son zèle au service de l’ argent et de ses détenteurs.

En tant que directeur du Trésor français, puis gouverneur de la Banque de France, Michel Camdessus a eu la haute main sur les politiques économiques et financières des anciennes colonies françaises d’ Afrique, grâce au franc CFA.

L’ énarque et l’ inspecteur des finances qu’ il était ne pouvait ignorer les effets dévastateurs qui résulteraient de la perpétuation de cette relique coloniale.

En se voyant imposer une monnaie unique alors qu’ ils n’ opéraient plus au sein du marché commun fédéral mis sur pied par la France pour maximiser l’ exploitation de ses colonies, les pays concernés s’ enfermaient dans un piège mortel.

En dépit de tous les avantages qu’ un tel montage monétaire apportait à la France, mais aussi de la dépendance et de la pauvreté qui en ont résulté pour les populations noires, Michel Camdessus n’ a eu aucun état d’ âme à accentuer leur misère en poussant à la dévaluation du franc CFA en janvier 1994, usant, pour ce faire, des prérogatives que lui conféraient ses fonctions de directeur général du FMI. Le démantèlement du franc CFA plutôt que sa dévaluation eût été une mesure plus appropriée si l’ objectif avait été de développer et non d’ assujettir en exploitant.

A la tète du FMI, en collaboration avec la Banque Mondiale, Michel Camdessus a présidé aux politiques et programmes qui ont conduit au démantèlement des garde-fous et des contre-pouvoirs qui donnaient encore au capitalisme un visage acceptable. L’ action qu’ il a menée au FMI a conduit à la dislocation du capital social et humain des hommes, ainsi qu’ au saccage de leurs ressources naturelles et à la destruction de leur environnement.

Comment expliquer que Michel Camdessus soit resté sourd à la lugubre lamentation de tous les êtres humains que lesdits politiques et programmes ont transformé en damnés de la terre ?

L’ amour du pouvoir et l’ appartenance à la cour des « grands » ne sauraient, à eux seuls, expliquer sa dévotion à des oeuvres qui se sont révélées si nuisibles.

Michel Camdessus peut-il alors nous éclairer sur les motivations qui peuvent inspirer à un homme l’ ambition d’ être la pièce maîtresse d’ une machine à broyer ses semblables en anéantissant leurs cultures, leurs civilisations, leurs ressources, leur environnement, et pire que tout, le respect d’ eux-mêmes ?

Cela m’ amène à évoquer le mot de Paul Valéry, je cite : « ce qui reste d’ un homme c’ est ce que donne à songer son nom et les oeuvres qui font de ce nom un signe de grandeur, de haine ou d’ indifférence ». Dites-nous Mr Camdessus, ce que vous pensez que votre nom évoquera à tous ces suppliciés des institutions de Bretton Woods ? A la vérité, ces considérations pourraient vous paraître futiles mais sachez qu’ elles sont d’ importance pour nous qui appartenons à l’ armée des ombres.

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