Affirmer d’entrée dans le préambule du projet de constitution du Sénégal l’adhésion de notre pays à la Déclaration française des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 est choquant et inacceptable.

La rigueur dans la relecture des textes empruntés est-elle tombée si bas qu’un pays africain souverain en arrive à exprimer d’emblée, dans le document qui constitue la fondation de l’Etat et l’âme de la nation, son affiliation à une révolution étrangère. Une révolution qui s’était bien accommodée de la traite des nègres qui n’a été abolie qu’à l’avènement de la seconde république française en 1848.

En sommes nous à ignorer que la révolution française s’était bien gardée de se déposséder de ses possessions coloniales pour que les dirigeants Sénégalais éprouvent le besoin de s’en faire les laudateurs ?

Notre amnésie face à une histoire traumatisante s’est elle si généralisée que nous n’avons plus aucun souvenir du régime des travaux forcés auquel nous avons été assujettis par la France et qui n’a pris fin qu’en 1947 sous les efforts conjugués de nos populations animés par deux enfants d’Afrique : Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouet-Boigny et non des héritiers de 1789 ?

Comment le Sénégal qui a accordé le droit de vote à ses citoyennes dès l’indépendance peut-il, avec une quelconque crédibilité, affirmer son adhésion à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 qui l’avait explicitement dénié aux femmes de France?

Voter oui pour un document aussi important que la constitution de son pays est une adhésion qui n’est pas divisible. Alors qu’on nous fasse grâce d’une affiliation aux idéaux d’ une révolution qui a maintenu notre asservissement.

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