La dissolution de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) et son remplacement par l’Union Africaine (UA) qui devait signifier une rupture s’est révélée être un plagiat des institutions que l’Europe a mis près d’un demi siècle à créer (Assemblée, Conseil Exécutif, Commission, Parlement, Conseil Economique, Social et Culturel, Court de justice, Institutions Financières, etc.).

Ce mimétisme signifie que les causes des échecs des précédentes tentatives d’union n’ont pas été retenues.

Elles tenaient à la fâcheuse tendance des dirigeants Africains à embrasser des projets grandioses au lieu de recourir à une approche mesurée et calquée sur le long terme ; à l’absence de motivation réelle et de volonté politique de leur part ; à leur manie de signer entre eux des accords de coopération auxquels ils ne souscrivent pas, et leur propension, en revanche, à honorer, à la lettre, les traités qu’ils signent avec les pays industrialisés et qui vont gravement à l’encontre des intérêts de leurs peuples ; à un maque de ressources et à l’absence d’une gestion budgétaire rigoureuse et unifiée ; au recours aux politiciens en retraite ou en disgrâce et non à des professionnels aguerris pour pourvoir les postes dans les organisations régionales ; à l’interférence permanente des anciennes puissances coloniales peu enclines à voir l’Afrique s’assigner un autre rôle que celui de pourvoyeuse de matières premières et de produits de base.

Construire un chantier de l’envergure de l’UA nécessite une mise en place graduelle des institutions de la communauté et à l’érection de mesures de sauvegarde contre la transformation de la région en « continent ghetto ».

La nouvelle tentative d’union, pour réussir a besoin d’une motivation authentique et d’une volonté politique réelle de la part aussi bien des dirigeants Africains que de la communauté internationale ; de critères de sélection du personnel de l’organisation basés sur le mérite, la compétence, l’honnêteté et l’indépendance d’esprit; d’une implication de l’élite et des masses (Associations professionnelles, Syndicats, ONGs, Société civile, intellectuels, étudiants, mouvements de jeunesse, etc.) dans la formulation des politiques et des stratégies.

Il serait opportun de mettre sur pied des Clubs d’Union Africaine au niveau du Continent et au sein de la Diaspora et de les relier les uns aux autres ainsi qu’aux organisations régionales et au siège de l’UA par un réseau intra net pour assurer la continuité des échanges, donner naissance à un esprit communautaire fondé sur la compréhension des coûts et bénéfices d’une coopération et d’une intégration nécessitant un abandon partiel ou total de souveraineté nationale aux autorités régionales chaque fois que des solutions régionales sont requises pour résoudre des problèmes spécifiques ; d’une restructuration des groupements régionaux impliqués dans le processus de coopération et d’intégration économique en vue de donner une priorité absolue à l’accroissement du commerce intra régional.

Cela demanderait le renforcement des institutions dont l’UA doit se doter en priorité : une Organisation de Coopération Economique, une Union Africaine des Payements et des Chambres de Compensation, des Mécanismes de Compensation et de Coopération Monétaire. Des institutions qui doivent s’appuyer sur de solides fondations, être indépendantes et disposer de ressources financières suffisantes. Il est de première importance que l’UA fasse preuve d’une gestion budgétaire rigoureuse et unifiée pour permettre un fonctionnement sans heurts. L’Union Africaine doit aussi se doter de la capacité d’emprunter, à des conditions avantageuses, sur le marché des capitaux. Pour ce faire, l’UA devra se voir octroyer la notation financière AAA. Cela ne sera possible qu’avec l’implication du conseil de sécurité des Nations Unies dans le processus. Un programme du type pétrole contre nourriture mis en place pour l’Irak peut être repris pour le compte de l’Afrique.

Il s’agirait en l’espèce, d’un prélèvement d’une partie des recettes d’exportation des Etats Membres de l’UA pour financer leurs contributions au budget de l’Organisation pan-Africaine. Un niveau de tolérance zéro doit être de mise pour les arriérés sur cotisations. Cela permettrait également à l’organisation de lever des fonds en émettant des bons et obligations sur les marchés boursiers en Afrique et dans le reste du monde. Le dispositif devrait être complété par l’octroi de fonds à taux préférentiels de la part de la communauté internationale.

Il est également indispensable que l’UA promeuve, par l’entremise de ses publications et de ses audits, une culture du comportement plus responsable en matière de dépenses étatiques pour consolider ses propres finances. Dans un continent aussi exsangue que l’Afrique, il est particulièrement révoltant de constater le comportement irresponsable de la plupart des Chefs d’Etat qui imposent à leurs pays des frais particulièrement élevés d’acquisition et d’entretien d’aéronefs dont il est avéré que l’exploitation se fait à leur propre profit.

Non moins révoltant est le comportement de ministres et autres personnalités qui ne peuvent concevoir leurs déplacements qu’en première classe ou en grosses cylindrées Allemandes, témoins cette débauche de véhicules Mercedes et de 4×4 qui encombrent les parcs gouvernementaux et les artères routières. Il doit être mis fin à cette gabegie insoutenable.

Le rôle de l’UA doit aussi s’étendre à l’émission de propositions novatrices sur l’intervention du secteur privé, l’implication de la communauté internationale, la réorientation des programmes de prêts bilatéraux et multilatéraux destinés à la région qui doivent substituer la notion « d’aide » à celle d’investissements, la résolution de la dette Africaine et le retour des capitaux exilés.

Sur le plan politique, l’UA doit démontrer sa capacité à être indépendante de toute interférence politique de tout Etat Membre de façon à ne privilégier que l’intérêt général et le bien commun de tous ses membres.

Elle doit également veiller tout particulièrement au respect des droits de l’homme et aux principes démocratiques, en même temps qu’elle s’emploiera à décourager népotisme et tribalisme, générateurs de conflits ethniques tels qu’enregistrés ça et là.

A cet égard, l’accent sera mis sur la création d’une force Africaine d’interposition, avec l’aide de la communauté internationale. Elle aura vocation d’intervenir partout où la paix et le respect des droits de l’homme seront menacés.

Mais la communauté internationale se doit aussi de revoir ses politiques de subventions qui pénalisent l’Afrique, d’ouvrir d’avantage ses marchés aux produits Africains, de cesser d’apporter son soutien aux despotes et d’armer les seigneurs de guerre. Les spéculations sur les produits de base et les matières premières Africains qui n’ont cessé de faire chuter les prix de ces derniers doivent également cesser, tandis qu’un système de corrélation entre l’évolution de ces prix et ceux des biens et services produits par l’Occident devra être mis en place.

Il est grand temps que l’Occident réalise que la reconstruction de l’Afrique sert ses intérêts comme celui de l’Europe d’après guerre a servi les intérêts des Etats-Unis.

En effet, le talon d’Achille de la mondialisation repose sur le mode d’émission de sa masse monétaire. Depuis l’abolition au début des années 1970 par Richard Nixon de l’étalon or et du régime des taux de change fixes et l’adoption de « l’étalon dollar », la création monétaire est totalement assujettie au volume des crédits que les banques accordent aux Etats, aux entreprises et aux particuliers. Une croissance accélérée des liquidités internationales et une économie mondiale d’endettement se sont développées. Le volume des transactions financières a atteint le niveau délirant de 1,5 mille milliards de dollars par jour. Ces sommes extravagantes servent aux deux tiers à des opérations sur le marché des dérivés avec, pour seul but, de protéger les détenteurs de capitaux, particulièrement les banques, les compagnies d’assurances et les fonds de pensions anglo-américains, contre les fluctuations monétaires. Le reste finance en grande partie des acquisitions et des fusions de sociétés, une portion congrue étant affectée des investissements réels créateurs d’emplois.

Cette manière irresponsable de conduire les affaires du monde a mis à genoux ses principaux acteurs. Les déficits budgétaires et commerciaux des Etats Unis vont croissants tandis que l’économie Japonaise traverse une crise sans précédent depuis une décennie, en dépit de l’adoption de diverses politiques d’expansion qui ont injecté des milliards de dollars dans son économie. En Europe, singulièrement en Allemagne et en France, les économies de pointe ont du mal à respecter les critères de déficit budgétaire établis par l’UE. Le Président de l’UE en est même arrivé à remettre en cause l’utilité du Pacte de Stabilité et de Croissance, une pièce maîtresse pourtant du dispositif politique et économique européen.

Ce n’est donc pas faire une faveur aux Africains que de mettre en place un programme de développement du continent. Le sort de l’économie mondiale en dépend, car seule la reconstruction de l’Afrique peut donner naissance à la création soutenue, sur des décennies, des millions d’emplois dont le monde a besoin pour restaurer ses équilibres. Il faut espérer que le bon sens et le pragmatisme finiront par l’emporter pour le plus grand bien des hommes. Il n’est pas inutile de rappeler que, selon le Bureau d’analyse économique des Etats Unis, c’est en Afrique que l’on réalise les taux de profit sur investissement les plus élevés du monde (19,4%) en moyenne en 2000 en dépit de son statut de continent sinistré.

Il est donc indispensable de tourner résolument le dos à une division internationale du travail qui cantonne l’Afrique au rôle de pourvoyeuse de matières premières, de produits de base et de terrain de dumping pour les produits obsolètes occidentaux. Il faudra bien que le monde se rende compte que la résolution de ses problèmes passe par le développement du continent Africain. C’est la reconstruction de l’Europe d’après guerre qui a permis aux pays occidentaux de connaître trente années d’accumulation de richesse sans précèdent. Il en sera de même pour la reconstruction de l’Afrique sous l’inspiration et l’égide de l’Union Africaine.

La fortune des nations, des entreprises et des particuliers, à l’ère de la mondialisation, est une richesse illusoire basée sur un étalon papier : le dollar. Pour se prémunir de l’instabilité inhérente à ce capitalisme déboussolé, les tenants des mannes du billet vert, particulièrement les compagnies d’assurances, les banques et les fonds de pension anglo-américains, se font les acteurs principaux des transactions dans le marché des produits dérivés qui se chiffrent journellement à des milliers de milliards de dollars. Une course poursuite dérisoire qui laisse sur son sillage un univers de désolation.

Des investissements productifs en Afrique, dans un cadre façonné par les actions décrites plus haut, à mener concomitamment par la communauté internationale, l’UA et ses Etats membres, seraient plus à même de garantir au monde créations d’emplois et bénéfices réels de tous ordres pour les décennies à venir tout en sauvegardant la fortune de tout ayant droit. Quant à l’Afrique, elle verrait mythe et réalité converger dans sa longue quête d’unité et de respectabilité.

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