Dakar, 5 août (APS) – L’Afrique pourrait, comme la Chine, développer une économie compétitive avec le reste du monde, estime l’économiste sénégalais Sanou Mbaye, soulignant que cette perspective exige une révolution sur les plans culturel et éducatif.

« Comme on le voit, l’Afrique serait prête à chausser les bottes de la Chine comme +atelier+ du monde », écrit M. Mbaye dans une tribune parvenue à l’APS. Il ajoute que « cela nécessiterait, toutefois, une véritable révolution sociale, culturelle, et éducationnelle » à l’échelle du continent.

La Chine est, depuis quelques années, présentée comme l’atelier du monde en raison de la grande diversité de sa production (dans les domaines de l’habillement, de l’électronique, de la manufacture, etc.), qu’elle exporte aux quatre coins du monde. Aujourd’hui, les économistes situent entre 1 et 3% la part de l’Afrique dans le commerce mondial. Ce taux était d’environ 14% dans les années 1960.

« S’il ne fait pas de doute que l’Afrique constituerait un des foyers de croissance de l’ère post-crise (la crise économique et financière actuelle), il faudrait cependant deux préalables pour que cela profite à ses populations », a expliqué Sanou Mbaye, ancien fonctionnaire de la Banque africaine de développement (BAD).

« D’abord, a-t-il indiqué, il faut que l’Occident cesse de piller les ressources du continent, d’y fomenter des désordres et de s’en servir comme prétexte pour y justifier le déploiement de ses forces militaires afin de perpétuer, en toute impunité, une politique d’occupation qui date de plusieurs siècles. »

Ensuite, « le continent doit s’embarquer dans un vaste programme d’éducation afin de susciter l’émergence d’une culture de solidarité et d’indépendance, une transformation radicale des mentalités, une restructuration de la personnalité de l’homme noir, une modernisation des sociétés africaines et une révision de la culture prédatrice de l’exercice du pouvoir des dirigeants et des élites », ajoute M. Mbaye, auteur de « L’Afrique au secours de l’Afrique », publié cette année aux Editions de l’atelier.

« L’environnement économique dans la région, a-t-il observé, est favorable à cette révision radicale. Les conditions requises pour une industrialisation florissante et un décollage économique sont remplies, à savoir : une croissance continue du PIB, un niveau faible d’endettement, la solvabilité des taux de profits élevés, une sécurité des investissements, une main-d’œuvre qualifiée et une abondance de sources d’énergies renouvelables. »

Parlant de la croissance de l’économie africaine, l’ancien fonctionnaire de la BAD relève qu’en dépit du piège des IFI (institutions financières internationales) et de l’APD (aide publique au développement) combiné à la modicité des IDE (investissements directs étrangers), l’Afrique subsaharienne n’a quasiment pas connu de récession depuis un demi-siècle, si on s’en tient au PIB hors démographie. En revanche, souligne-t-il, le PIB par habitant a été faible, voir négatif sur certaines périodes.

En matière de rentabilité des investissements directs étrangers, l’Afrique a eu à faire mieux que d’autres régions du monde, rappelle l’économiste. « S’agissant de la profitabilité des investissements, c’est en Afrique, selon le Bureau d’analyse économique du département d’Etat des États-Unis, où l’on réalise, en règle générale, les profits les plus élevés ».

Il précise que « le taux de rentabilité interne sur les investissements directs étrangers a été en moyenne en 2000, de 19,4% en Afrique, comparés à 18,9% au Moyen-Orient, 15,1% en Asie-Pacifique, 8,3% en Amérique Latine et 10,9% en Europe ».

« La construction de l’Afrique comme nouveau moteur économique peut donner naissance à la création des millions d’emplois dont le monde a besoin dans les décennies à venir pour restaurer ses équilibres », suggère Sanou Mbaye selon qui « cet objectif doit constituer les fondations d’un nouveau partenariat entre l’Union africaine, ses États membres et la communauté internationale ».

« La construction de l’Afrique comme nouveau moteur économique peut donner naissance à la création des millions d’emplois dont le monde a besoin dans les décennies à venir pour restaurer ses équilibres », suggère Sanou Mbaye selon qui « cet objectif doit constituer les fondations d’un nouveau partenariat entre l’Union africaine, ses États membres et la communauté internationale ».

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