La situation politique, économique et sociale du Sénégal n’a cessé de se détériorer tout au long de ces dernières années. Les élites qui se sont succédées à la tête du pays n’ont eu de cesse de  prévenir toute croissance d’une industrie locale, faisant de l’accaparement des licences d’importation de denrées alimentaires et de produits manufacturés les moyens de bâtir des fortunes personnelles.

Le Sénégal qui était, au moment des indépendances,  le pays le mieux loti en Afrique de l’ouest en infrastructures et en ressources humaines a vu, au fil des années, ces avantages se déliter. Dans ce pays où les dirigeants ont le verbe facile, on privilégie les causes externes (détérioration des termes de l’échange, programmes d’ajustement structurels, dévaluation du franc CFA, mondialisation) pour expliquer la pauvreté grandissante dans laquelle une grande majorité des populations est plongée. On passe sous silence les causes internes qui ont noms : corruption, intérêt partisan, logiques d’appareil et clientélisme.

Le secteur agricole qui emploie 60 % de la population est marqué par une productivité des plus faibles. La croissance moyenne de 1,16 % de la production agricole est très inférieure au taux d’accroissement de la population qui s’établit à 2,5 %.

Le pays n’est pas parvenu à aménager que 15% des 250 000 hectares prévus de surfaces irriguées. Il importe les 4/5 de ses besoins en riz en dépit d’une maîtrise des eaux du fleuve grâce aux deux barrages de Diama et Manantali sur le fleuve Sénégal.  Comparativement, un pays comme le Mali qui a produit, en 2009, 1,7 million de tonnes de paddy (soit 1,2 million de tonnes de riz blanc) grâce aux crues du fleuve Niger, est en voie de devenir un pays exportateur.

Au Sénégal, l’absence d’une exploitation rationnelle et optimale du potentiel productif affecte également l’exploitation des nappes souterraines recelant des réserves d’eau douce pour la production de fruits et légumes.

En revanche, il y a surexploitation des ressources halieutiques par les pays de l’Union Européenne. Leurs pratiques prédatrices en matière de technique de pêche appauvrissent le stock de poissons. Aucune politique n’est mise en œuvre ni pour renégocier les contrats léonins que le Sénégal a signés avec eux, ni pour renouveler les stocks grâce à la mise en œuvre d’un plan approprié de reconstitution desdits stocks.

L’élevage souffre  des mêmes carences de gestion rigoureuse. Le cheptel présenterait un immense potentiel si un plan directeur ambitieux et précis avait été  mis en œuvre en vue de l’amélioration des races: programme d’insémination comprenant une production généralisée et décentralisée de semence, fourniture gratuite d’aliments appropriés pendant les périodes de soudure, suivi vétérinaire, etc.). Une augmentation marquée de la production de viande et de lait en découlerait ouvrant la voie à la couverture des déficits qui contraignent actuellement le pays à des importations coûteuses de ces deux produits.

Les terres de Casamance sont propices à des cultures industrielles et vivrières hautement lucratives si la paix s’y établissait et si un réseau suffisamment dense d’infrastructures routières y était construit pour désenclaver la région qui abrite également des forêts.

La culture de rente, l’arachide, est un oléagineux dont la récolte annuelle durant les bonnes saisons de pluviométrie dépasse souvent 750 000 tonnes. Une récolte de 800 000 tonnes/ coques équivalent à  environ 280 000 tonnes d’huile, couvrirait presque totalement les besoins du marché international. Il en résulte que le marché international de l’huile d’arachide est essentiellement déterminé par la production sénégalaise.  En dépit de cela, le pays continue d’importer de l’huile végétale.

Dans le domaine de l’énergie, grâce à une technologie appelée « Énergie solaire concentrée », deux scientifiques allemands, les docteurs Gerhard Knies et Franz Trieb, ont calculé qu’il suffirait de concentrer l’énergie solaire sur une superficie équivalente à 0,5 % des déserts chauds pour couvrir les besoins du monde en énergie, sans compter les bénéfices additionnels que représenterait la possibilité de freiner l’avancée du désert et de fournir de l’eau dessalée aux régions désertiques du globe. Ainsi, le rayonnement solaire dont bénéficie le Sénégal devrait lui permettre de couvrir la quasi-totalité de ses besoins en électricité. Mais une telle orientation se heurte à l’obstacle que constituent les importations de pétrole et les sources de richesse qu’en tirent l’élite et les banques qui financent avec des crédits à court terme à des taux d’intérêt prohibitifs ces importations.

Les infrastructures constituent pour les Etats en développement le préalable à tout investissement destiné à accroitre les capacités de production. Pour jouer ce rôle, elles doivent être étroitement liées à la production et aux échanges. C’est ainsi qu’au Sénégal, l’aménagement des terres de la vallée du fleuve Sénégal qui est la condition sine qua non de l’extension de la production rizicole, doit être étroitement liée à la reconstruction de la  route des Niayes en état de délabrement total. Un tel projet doit revêtir une priorité absolue. Il n’en a rien été. Deux administrations successives ont préféré donner la préférence d’abord à la construction de la Voie de dégagement nord (VDN), puis à celle de la  Corniche ouest de Dakar.

Par de tels choix, l’industrialisation du pays qui devait s’appuyer sur un réseau adéquat  d’infrastructures,  un approvisionnement en énergie solaire propre bon marché,  une industrie chimique avec les ressources en phosphate dont dispose le Sénégal et une métallurgie avec le fer que recèle le son sous-sol, est remise aux calendes grecques.

Share